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Nouveau modèle de développement

Nouveau modèle de développement : Comment la CSMD conçoit la "renaissance" de l'école marocaine

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A travers son projet la "renaissance éducative marocaine", la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) veut améliorer substantiellement la qualité de l’enseignement et replacer l’école publique au cœur du projet de société du Maroc. Quels sont les objectifs de ce projet et quelles sont les actions envisageables aux yeux de la CSMD, pour remédier aux maux de l'école marocaine ? 

Dans le sillage de la vision 2015-2030 et de la loi-cadre qui en découle, l'objectif du programme "renaissance éducative marocaine" est de concevoir un nouveau modèle de l'école marocaine basé sur l'autonomisation et la responsabilisation des jeunes en leur inculquant une éthique empreinte de valeurs humanistes ancrées dans l’identité marocaine, une ouverture d’esprit et une capacité d’adaptation dans un monde en mutation accélérée.

Pour la CSMD, le succès de ce programme d’action, nécessitant une enveloppe de 15,5 milliards de dirhams de dépenses publiques annuelles en régime de croisière, pourra être mesuré à travers l’atteinte de quatre objectifs:

1- Au moins 90% des élèves scolarisés possèdent les compétences de base en lecture et en mathématiques à la fin du cycle primaire (30% aujourd’hui)

2- Le Maroc atteint un score d’au moins 450 dans les rapports PISA, TIMSS et PIRLS (370 aujourd’hui)

3- Plus de 90% des élèves inscrits en première année du primaire achèvent leur scolarité obligatoire et obtiennent un diplôme d’enseignement général ou professionnel (50% aujourd’hui)

4- Tous les titulaires du baccalauréat atteignent au moins le niveau intermédiaire dans une langue étrangère – soit un niveau supérieur ou égal à B2 (30% aujourd’hui).

Des réformes nécessaires 

L’amplitude du changement requis pour produire la " renaissance éducative marocaine " nécessite la mise en œuvre déterminée de plusieurs actions réformatrices ciblant les points névralgiques de la qualité du système d’enseignement, estime la CSMD. Il s'agit de la performance du corps enseignant, le modèle pédagogique et la gestion des établissements scolaires.

A travers ce programme, la CSMD veut "produire des ruptures décisives" au niveau de chacun de ces déterminants à travers six actions prioritaires :

1- Créer une structure d’appui aux institutions de formation des enseignants existantes « Centre d’excellence du Professorat », dont la mission est d’améliorer substantiellement la formation initiale et continue des enseignants au Maroc, en se positionnant comme un mécanisme d’assurance-qualité.

Sur le plan institutionnel, l’Institut se présente comme une organisation souple qui encadre et accompagne les établissements de formation existants chargés de former les professionnels des métiers de l’enseignement, tout en préservant l’autonomie de chacun. La nouvelle entité se positionne comme un régulateur, un centre d’expertise, un laboratoire d’innovation et une agence de moyens dont la mission est de garantir la qualité de la formation des professionnels de l’enseignement à travers un ensemble de mécanismes d’appui offerts aux établissements de formation spécialisés, explique la CSMD. 

2- Organiser le parcours de l’élève en paliers d’apprentissage. Cette action vise à apporter une solution opérationnelle au dysfonctionnement du modèle pédagogique marocain à travers la réorganisation du parcours scolaire autour de la notion de « paliers d’apprentissage ». Ce dernier implique trois sous-actions principales :

  • Découper le parcours de l’élève en plusieurs étapes d’apprentissage : le parcours scolaire de l’élève marocain serait composé de six paliers d’apprentissage. Le préscolaire constituerait un premier palier étalé sur deux années ; le cycle primaire serait segmenté en trois paliers de deux années chacun, alors qu’il est aujourd’hui constitué d’un seul bloc de six années ; enfin, le cycle secondaire serait composé de deux paliers de trois années (secondaire collégial et qualifiant).

 

  • Définir clairement le « profil de sortie » pour chaque palier : Il s’agit de spécifier les connaissances, les savoir-faire et savoir-être que doit acquérir l’apprenant à chaque étape de son parcours scolaire. Ces compétences sont des prérequis qui conditionnent le passage au palier suivant. Les élèves en retard d’apprentissage doivent systématiquement bénéficier d’une intervention en soutien ou en remédiation. 

 

  • Evaluer les acquis scolaires de manière indépendante à chaque étape du parcours : à l’issue de chaque palier, il est proposé de réaliser des tests standardisés pour vérifier l’aptitude des élèves à accéder au palier suivant. Ces tests couvriraient la totalité des apprenants et seraient conduits de manière indépendante, à travers notamment la généralisation du Programme National de l’Evaluation des Acquis scolaires (PNEA) réalisé aujourd’hui auprès d’un échantillon d’élèves par l’Instance Nationale d’Evaluation.

3- Investir fortement dans la petite enfance. Celle-ci devra articuler de manière cohérente l’éducation, la santé et la nutrition. Pour l’élaboration de cette nouvelle approche la CSMD propose trois actions :

  • Adopter une approche intégrée de la petite enfance déployée à l’échelle locale : Cette nouvelle approche doit s’appuyer sur les communautés et centres de proximité pour offrir des services de protection de la santé maternelle et infantile, ainsi que d’éducation parentale. Piloté par le ministère, le préscolaire devra s’appuyer particulièrement sur des partenariats innovants avec la société civile pour la gestion de ces espaces de la petite enfance, avec des mécanismes d’assurance-qualité et de renforcement des capacités.

 

  • Promouvoir un préscolaire de qualité pour tous les enfants : le programme de généralisation de l’éducation préscolaire est une avancée considérable pour le Maroc. Néanmoins, il est essentiel de mettre la qualité au centre de ce dispositif, en le dotant de mécanismes d’assurance-qualité couvrant la totalité des écoles préscolaires, en veillant à la qualité de la formation des éducateurs, et en instaurant un cadre d’évaluation de la performance.

 

  • Mettre en place un mécanisme gouvernance intégrée de la petite enfance : l’adoption d’une politique forte de la petite enfance doit être accompagnée d’une gouvernance appropriée autour d’un organisme fédérateur, capable de porter la vision globale, de fédérer les acteurs concernés et de mettre en cohérence les différentes initiatives. Le financement de cette politique doit s’appuyer sur des sources pérennes et diversifiées, avec des mécanismes incitatifs pour les usagers.

 

4- Développer un dispositif d’appui à la réussite scolaire, permettant d’intervenir à chaque étape de la vie scolaire de l’enfant pour éviter l’accumulation des lacunes d’apprentissage, prévenir les risques de décrochage et maximiser les chances de réussite académique et professionnelle. Le dispositif s’organise autour des composantes suivantes :

  • Mettre en place un dispositif de remédiation pour conduire chaque élève vers la réussite
  • Développer un système d’orientation permettant à chaque élève de trouver sa voie*
  • Valoriser la voie de l’enseignement professionnel: il est proposé de définir une grande ambition pour le développement de la voie professionnelle au Maroc en ciblant une proportion d’au moins 20% des élèves du secondaire.

5- Placer l’éducation à la citoyenneté et au civisme au cœur du projet éducatif. Afin d’opérationnaliser cette mission essentielle de l’école, il est proposé de rénover l’approche de l’éducation islamique et civique autour de deux propositions complémentaires :

  • Promouvoir une éducation religieuse qui véhicule des valeurs fondées sur notre héritage spirituel ouvert et tolérant.
  • Asseoir les bases d’une éducation à la citoyenneté plus active qui transmet les règles de la vie commune et cultive l’attachement à la nation.

6- Mettre en place une certification-qualité des établissements scolaires. A titre indicatif, les établissements certifiés devraient respecter les standards suivants :

  • Cadre et vie scolaire : infrastructures adéquates au sein de l’établissement ; activités parascolaires et extrascolaires ; implication des familles.
  • Equipe enseignante : leadership du directeur, programme de développement professionnel des enseignants, collaboration au sein de l’équipe pédagogique.
  • Réussite des élèves : amélioration des acquis scolaires des élèves ; soutien individualisé aux élèves en difficulté; innovation pédagogique et usage du numérique ; orientation et projet personnel de l’élève.

7- Rénover le parcours de carrière des enseignants. Le véritable enjeu de cette proposition, selon la CSMD, est la redéfinition de la place du professeur dans la société marocaine. La construction du nouveau parcours de carrière comporte trois changements majeurs :

  • Créer un statut unifié dédié aux métiers de l’enseignement : La création d’un statut dédié aux métiers de l’éducation est indispensable pour réaliser la refonte nécessaire de la gestion de carrière des enseignants. Ce nouveau statut doit inclure l’ensemble des enseignants, y compris les « contractuels » (cadres des académies régionales).

 

  • Etablir une échelle de carrière plus motivante : Une nouvelle échelle de carrière et de rémunération serait mise en place avec plusieurs étapes de progression (ex. enseignant débutant, confirmé, principal, exceptionnel). Chaque évolution serait strictement conditionnée par la performance et impliquerait de nouvelles responsabilités (encadrement, formation des pairs, recherche pédagogique, animation d’activités etc.).

 

  • Mettre en place un système de performance des enseignants: en préalable à la mise en place du nouveau parcours professionnel, il est proposé de développer un système de performance des enseignants permettant de relier leur progression de carrière à plusieurs critères d’évaluation professionnelle prenant en compte l’impact sur l’apprentissage des élèves (mesuré par des évaluations indépendantes), l’implication dans les activités de l’établissement et le suivi de formations continues certificatives.


La réalisation de ces propositions pour le parachèvement de l'objectif fixé à l'horizon 2030 dépend également du phasage et de l’articulation des actions dans le temps comme déterminants pour le succès de la réforme, selon la CSMD.

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