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Cinéma

Vivre au temps du coronavirus : Cinq réalisateurs capturent le quotidien confiné des marocains (vidéos)

L'on dit, à juste titre, que le cinéma est le miroir du monde dans tous ses états. Le plus souvent,  le cinéaste met à profit le vécu collectif pour façonner son oeuvre d'art. Et il n'est pas rare qu'il se saisisse d'un fait d'actualité, un brin de l'Histoire en devenir, pour s'ériger en tant qu'historien du présent et capturer, dans le boitier de sa caméra, ce qui se tisse devant ses yeux d'observateur.

Le fait rare et inédit, et ses répercussions, sont bien là. C'est le confinement qui a extirpé l'humain de ses repères spatiaux pendant plus de deux mois, lui qui est accoutumé à interagir physiquement avec ses congénères et à se déplacer sans restrictions. 

Et cette parenthèse a été parsemée de tant de moments de rires, de pleurs, de travail, de repos, d'apprentissage, d'angoisse, de bonheur... Et d'attente de jours meilleurs. Ces moments, cinq réalisateurs marocains ont essayé d'en ont saisir l'essence dans des courts métrages de 5 minutes.

A l'initiative du studio créatif JAWJAB en partenariat avec International Media Support, Hicham Lasri, Raja Saddiki, Hassan Ouazzani, Mohamed Achaour et Mohamed Mouftakir se sont ainsi prêtés à l'exercice de présenter leur vision de la vie au temps du coronavirus. Ces films, réalisés en un temps record de 7 jours, sont une manière de s’extraire un instant du climat anxiogène de la pandémie et de s’évader dans l’univers particulier de chacun des réalisateurs. 

Mohamed Achaour - "Hero"

C’est à travers les yeux de son jeune fils que Mohame Achaour donne à voir les effets du confinement. Agrippé aux barreaux du balcon, il n’a pour seul contact avec le monde extérieur que le passage quotidien du camion à ordures. « La question cruciale du film, c’est le changement brutal d'un mode de vie. Comment nos plus jeunes enfants vivent-ils le confinement et en sont-ils conscients ? », s’interroge le réalisateur.

 

 

« L’artiste peut, s’il en a la possibilité et sans se forcer, contribuer à détendre le climat morose par toute action utile et surtout être le témoin d’un moment historique inédit et laisser libre cours à son imagination créative » - Mohamed Achaour.

Mohamed Mouftakir - "Confinement"

C’est aussi en filmant son fils que Mohamed Mouftakir fait écho à une situation que nous vivons tous : celle de l’introspection pendant cette quarantaine forcée. « Un confinement externe mène à un déconfinement interne », explique le réalisateur. Entre les murs de sa maison, sur son petit vélo qui tourne en rond sur la terrasse, l’enfant devient cette voix intérieure de l’artiste qui est, « par essence, un être pour la plupart du temps confiné ». 

 

 

« L’artiste est le thermomètre de la société. Il est le premier organe touché. Donc c'est un lanceur d'alerte par intuition » - Mohamed Mouftakir.

Hassan Ouazzani - "Grandmas Hands"

Hassan Ouazzani a, quant à lui, choisi les mains de sa grand-mère, usées par le temps mais toujours habiles, comme « actrices » principales de ce court-métrage. Loin des siens, cette vieille femme ne peut plus compter que sur ses doigts pour vivre. Un éloignement familial vécu par beaucoup d’entre nous en cette période de confinement. « La limite entre le personnel et l'universel est très fine lorsqu’on s'attaque aux questions familiales », estime l’artiste. 

 

 

« Le rôle de l'artiste est toujours le même et sera toujours le même, à savoir faire prendre
conscience aux gens que la même information peut être vue de différentes façons et le plus souvent de manière plus poétique et moins terre à terre. Sinon quel serait le rôle de l'art dans la société ? »
- Hassan Ouazzani. 

Raja Saddiki - "Dreaming"

Avec Raja Saddiki, c’est la nostalgie du monde d’avant qui prend forme dans un entremêlement d’images réelles et de dessins animés créés par la jeune dessinatrice Majda Jarbili. « Aujourd'hui nous sommes des milliards à rêver de revivre comme avant, de pouvoir être avec nos mères, nos amis, d'aller à la plage, d'être en contact avec les gens et la nature... Comme tous, nos rêves n'ont jamais été aussi simples que de retrouver notre vie d'avant », explique la réalisatrice et documentariste. 

 

 

« La solitude est un sentiment que les artistes connaissent très bien, avec ou sans confinement, ce sont des moments comme ceux-ci qui inspirent, qui donnent envie de s'exprimer encore plus, qui même, poussent à être plus productif » - Raja Saddiki.

Hicham Lasri - "The Kids"

Hicham Lasri nous fait vivre la solitude comme angoisse, à travers un dialogue sans répondant, une sorte de jeu de cache-cache qui tourne mal. « Ça part d’un manque affectif, de cette nostalgie de mes enfants, pour en faire une sorte de récit anxiogène (poussant les codes du cinéma) pour donner ce récit à la fois simple, construit, et efficace », analyse le réalisateur. 

 

 

« L’artiste est là pour nourrir l’âme des gens à travers des créations qui les empêchent de
sombrer dans la folie ou même dans la dépression. Maintenant que les gens sont coincés avec eux-mêmes, le besoin d’évasion est vital » - Hicham Lasri. 

« Nous voulions documenter cette période du point de vue des artistes, à travers les images qu'ils produisent,
les histoires qu'ils souhaitent raconter », déclare dans un communiqué Younes Lazrak, directeur général adjoint chez JAWJAB. Mais ce n'est pas là la seule vocation de ces films. « Depuis sa création, le crédo de JAWJAB est de questionner la société dans laquelle nous vivons. Cette mission prend d'autant plus de sens durant cette parenthèse particulière que nous vivons, car il s'agit pour nous de recréer du lien social, reconnecter les gens, susciter des émotions, des questionnements. Si chaque réalisateur a sa singularité, une façon de faire du cinéma et une sensibilité différente qui se ressent dans ces films, il n'en demeure pas moins que ces derniers ont une portée universelle, chacun pourra se reconnaître dans les protagonistes de chaque histoire », explique-t-il.

« Living In Times Of Corona » s’inscrit dans la lignée d’une série de contenus originaux produits par JAWJAB
depuis son lancement en 2016. Le studio, filiale d’Ali n’ Production dirigée par Nabil Ayouch, se donne pour mission de libérer la parole sur tous les sujets, jusqu’aux plus tabous, et à fait parler de lui avec des web-séries comme Frame[d], dont l’un des reportages sur une femme chauffeuse de bus à Casablanca a remporté le Prix Samir Kassir pour la liberté de la presse en 2019. Des séries comme « Marrokiat » ou « First Blood » ont également eu un écho médiatique très favorable, abordant des sujets comme la féminité, le sexisme et les règles.

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