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Marrakech : chassez la tourterelle, elle ne reviendra pas !
Chasse & pêche

Marrakech : chassez la tourterelle, elle ne reviendra pas !

Iliasse El MesnaouiIliasse El Mesnaoui
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Chassez la tourterelle, elle ne reviendra pas. Cet oiseau migrateur, dont le trajet saisonnier d'Afrique vers l'Europe traverse le Royaume, est au coeur d'une affaire qui fait rage sur la toile.

Dans les alentours de la région de Marrakech, le périple de près de 1500 tourterelles a pris une fin tragique. Des photos et des vidéos d'un monticule des ces colombidés, gisant sans vie aux pieds de chasseurs dont l'accent suggère qu'ils sont originaires d'un pays du Golf, n'ont pas laissé les Marocains indifférents.
 

 


Massacre, crime contre l'écologie, extermination... Grand public et associations écologiques bouillonnent de rage. Le spectacle de ces "trophées de chasse", déversés sur terre par dizaines depuis des paniers de fortune, choque grandement.

Des informations livrées à 2M.ma par des sources à la Fédération Royale Marocaine de Chasse et au Haut Commissariat aux Eaux et Forets et à la Lutte Contre la Désertification révèlent que cette vidéo date de quelques jours seulement, et que la partie de chasse s'est déroulée aux alentours de la région de Marrakech.

 

Sur cette vidéo, on entend clairement le résultat des courses : ce sont là "1490" tourterelles cueillies au plomb, rien que durant la "tournée matinale". Cependant, le chiffre, à lui seul, est sans valeur aux yeux de la législation, car conditionné au nombre de chasseurs participants à la chasse en battue.  

Selon l'arrêté portant ouverture, clôture et règlementation spéciale de la chasse pendant la saison 2018/2019, un chasseur en règles peut abattre un nombre maximal de 50 tourterelles lors d'une même journée. Information qui peut étonner malgré ce spectacle désolant, ces "touristes" auraient agi en toute légalité... s'ils étaient une trentaine à avoir pris part à cette partie de chasse. De plus, la saison de chasse à la tourterelle est bien ouverte et s'étend du 13/07/2019 au 02/09/2019.

Intrigués, nous cherchons à connaître le nombre exact de ces chasseurs, pour discerner si bel et bien il y a fraude. Contacté par 2M.ma, Jilali Chafik, président de la Fédération Royale Marocaine de Chasse, est décisif. "Selon les informations recueillies auprès de sources professionnelles et crédibles sur place, ces touristes étaient au nombre de 11 au maximum, encore faut-il savoir si tous étaient habiletés à chasser", nous révèle-t-il, car un accompagnateur n'en a pas le droit. Cette fois, la balance perd son équilibre. A en croire ce nombre, ils avaient droit à un maximum de 550 tourterelles.

"Ce n'est pas la première fois que pareil excès arrive", poursuit M. Chafik, en nous relatant un fait dont il a été témoin il y a 4 ans. "Les gardes fédéraux de Taroudant avaient contrôlé un touriste américain qui avait chassé 60 pigeons, dépassant le quota fixé. Il a été obligé de s'acquitter d'une redevance de 3000 dhs", se rappelle-t-il. Ce montant augmente crescendo selon les unités de gibier abattues en excédent du nombre fixé. 

"Ces touristes du Golfe, s'il avaient été contrôlés proprement, auraient dû verser une amende lourde, pouvant même dépasser les 30.000 dhs", poursuit notre interlocuteur. 

L'une des causes de ces terribles "massacres" de gibiers, selon M. Chafik, reste l'absence de contrôle, surtout lors des fins de semaines. En effet, les arrêtés successifs, dont celui pour cette saison, n'autorisent la chasse que le dimanche et les jours des fêtes pour une majorité d'espèces. Celle des tourterelles est autorisée du vendredi au lundi dans les lots amodiés aux organisateurs de chasse touristique.

"Essayez de contacter l'administration le weekend. Il arrive que des villageois essayent d'alerter autour d'un probable braconnage, mais il peinent à les joindre en fin de semaine", poursuit le président de la FRMC.

Les sociétés spécialisées dans l'organisation de la chasse touristique, elles aussi, ne seraient pas exemptes de tout reproche. A trop vouloir faire plaisir au client, certaines personnes préfèrent fermer l'oeil sur le nombre ou la nature du gibier chassé, déplore M.Chafik.

Les touristes concernés, quand à eux, ont ramassé leur paquetage et se seraient envolés vers leur pays d'origine, en attestent des photos et des vidéos publiés par l'un d'eux et repris par des médias locaux, dont le portail kech24.

Au vu de la multiplication alarmante des incidents de braconnage, et du "laisser-aller" régnant au sein des sociétés de chasse touristique, ces mêmes touristes ne trouveront, lors de leur prochaine escapade au Maroc, peut-être plus de tourterelles à "tuer". 

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