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Covid-19

« Le nombre d’hospitalisations pour tentatives de suicide a triplé après le premier confinement » (G. Benjelloun)

La pandémie de COVID-19 a affecté nos activités quotidiennes et notre mode de vie et bousculé nos habitudes. Elle aura également eu un impact dévastateur sur la psychologie des enfants. C'est le constat que confirme Ghizlane Benjelloun, chef de service de la  pédopsychiatrie à Hôpital Universitaire d'Enfants de Casablanca, Abderrahim Harouchi. Cet évènement sanitaire majeur, elle le qualifie de « traumatisme».  Interview.

2M.ma. Quel a été l’impact de la période du confinement sur la psychologie des plus jeunes? Avez vous reçu des patients durant cette période?

Ghizlane Benjelloun. La fermeture des établissements scolaires et des crèches avait pour conséquence directe de réduire voire d’annuler complètement des activités essentielles pour le développement psychoaffectif des enfants. L’impact de cette fermeture a été perçu chez les enfants en bas âge et même chez les adolescents. Cet impact a été alourdi par une exposition massive aux écrans.

Ainsi, le nombre de nouveaux patients a été décuplé aussi. Il est à préciser que cette crise sanitaire n’a pas épargné les bébés. En effet, les enfants sont fortement récepteurs les premières années de leur vie aux émotions autour d’eux. Leur développement dépend de la stabilité et la cohérence de leur relation avec leur maman ou autre figure maternelle. Malheureusement, les perturbations émotionnelles des adultes durant cette période de confinement a eu un effet remarquable sur les bébés. Donc à tout âge, le confinement a généré des troubles mentaux et il a fragilisé le fonctionnement mental.

Avez-vous constaté un changement chez les enfants déjà traités par vos services?

Les patients déjà suivis ont régressé dans leur évolution et on a reçu de nouveaux patients avec toute sorte de symptomatologie d’un simple trouble du comportement à des dépressions graves suicidaires. L’effet psychologique de la pandémie du Covid-19 est de l’ordre du traumatisme avec des effets à court moyen et long termes très pathologiques. La santé mentale des bébés, enfants et adolescents a été lésée avec des conséquences directes graves et pas toujours  visibles.

Est-ce qu’il fallait médiatiser la pandémie autrement pour les enfants et les adolescents ?

Les médias ont joué un rôle de sensibilisation et de prévention. Ce dont les enfants ont beaucoup souffert et cela à un niveau mondial, c’est les effets conjugués du confinement, de l’absence de scolarité et d’activité et la tension générale régnante.

Est-ce que vous confirmez que les tentatives de suicide chez les enfants et les adolescents a connu une croissance pendant cette période?

Les chiffres sont effarants. On a vu le nombre de tentatives de suicide multipliés par trois dès l’âge de 11/12 ans. Le même constat est à relever chez les adolescents. Le service de pédopsychiatrie a vu le nombre d’hospitalisations pour tentatives de suicide et troubles graves du comportement tripler après le premier confinement. La tendance croissante des chiffres  continue à tel point que le service de la pédopsychiatrie de l’hôpital de l’Enfants Abderrahim Harouchi débordé de demandes. La souffrance des enfants est bien réelle.

 

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