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Haut débit, e-Gov, e-Commerce.... Le confinement sonne l'heure de la digitalisation

La mise en place de l’état d’urgence sanitaire et le confinement qui s’en est suivi, ont été non seulement des points nodaux dans la lutte du Maroc contre la pandémie du nouveau coronavirus, mais également un véritable test pour sonder la maturité digitale du Royaume.

En effet, limiter le contact physique passe par le recours aux différentes alternatives digitales disponibles, voire d’en créer de nouvelles. En ce sens, les observateurs font état d’une progression remarquable sur plusieurs chantiers clés qui avançaient, faut-il l’admettre, lentement, comme la dématérialisation des process dans les sociétés et les différents départements de l’administration publique, la multiplication de plateformes de services en ligne des opérateurs économiques, l’évolution exponentielle du recours du citoyen à l’achat en ligne... pour ne citer que ces exemples.

«Ce qui a dû prendre une ou deux années pour être réalisé a été rendu possible en deux mois », note Marouane Harmach, directeur associé à Consultor.ma et expert en transformation digitale. Contacté par 2M.ma, M. Harmach considère que cette crise a montré l’étendue de l’importance de se doter d’une infrastructure digitale permettant à la vie de suivre son cours normal.

Au Maroc, un intérêt certain s’est manifesté tôt pour la transformation digitale, en particulier pour ses répercussions bénéfiques sur le plan de l’attractivité économique. Le royaume a fait le pari de captiver les investissements de grandes multinationales, et ces dernières requièrent un minimum de maturité technologique dans leurs destinations d’implantation.

Mais la réalité technologique change vite et les calculs des investisseurs avec. A l’aube de la course vers la 5G, de nombreux pays comme Singapour, l’Estonie, le Rwanda, la Suède ou la Corée du Sud sont bien avancés dans leur mue digitale et en récoltent déjà les fruits. Au Maroc, des chantiers structurants deviennent pressants pour se maintenir dans la course et devenir, dans l’ultime, une « Digital Nation ».

Dans ce sens, l’accès à Internet et la réduction de la fracture numérique sont la pierre angulaire. Certes, la transformation digitale au Maroc a connu une progression substantielle, faisant du royaume l’un des premiers acteurs du continent en la matière. Mais de l’avis de plusieurs experts, l’on pouvait faire bien mieux. « Un relâchement s’est fait sentir depuis 2013, et des limitations sont apparues avec le temps sur les trois volets que sont l’infrastructurel, l’applicatif et la dimension psychologique (accompagnement) », décrypte M. Harmach.

Voulu un catalyseur fort pour le décollage digital, le Plan Maroc Numérique 2013 est tombé, in fine, en proie à plusieurs limitations. En cause, les retards accumulés sur plusieurs de ses projets et les soucis identifiés au niveau de sa gouvernance et de son pilotage. « Ce plan a eu ses hauts et ses bas, mais le retard accusé dans l’avancement devenait clair. Un relâchement s’est fait sentir depuis 2013 et des limitations sont apparues», observe M. Harmach.

L’expert explique à 2M.ma que ces carences sont perceptibles d’abord au niveau de la connectivité Haut débit. «Au niveau infrastructurel, ne parlons pas encore de la 5G et des investissements nécessaires pour l’implanter, mais simplement du Haut débit. Dans certains centres urbains et quartiers huppés même, l’internaute éprouve parfois des difficultés à obtenir un débit décent », illustre-il. Dans ce sens, une stratégie est préconisée pour généraliser l'accès au Haut débit, et qui prenne en compte les disparités spatiales et géoéconomiques

Vient ensuite le volet applicatif. M. Harmach fait remarquer l’offre faible en matière de services administratifs digitaux mis à disposition du citoyen et le rythme bas de la dématérialisation des services publics, couplés à une progression au ralenti des services en ligne mis en place par les opérateurs privés pour limiter le déplacement physique de leurs clients. De même, l’absence de synergie réelle entre les différents acteurs auxquels incombait la transformation du PMN 2013 est aussi à blâmer, note l’expert.

Prenant l’exemple sur les success-stories de plusieurs pays, M. Harmach préconise de se lier avec des partenaires privés capables de relever le défi de la mise à niveau d’un pays donné. « Les retards accumulé aux volets infrastructurel et applicatif peuvent être comblés efficacement si le développement de ces aspects se fait en partenariat avec des géants mondiaux de l’infrastructure réseau, à l'image de Huawei, et avec les trois opérateurs nationaux de télécoms pour la partie aménagement numérique des territoires ».

Dans ce contexte, des études récentes ont cerné les prérequis nécessaires pour faire passer pleinement le Royaume à l’ère numérique, à leur tête celui de privilégier, comme cité précédemment, les Partenariats Publics Privés (PPP). Ces derniers ont montré leur efficacité dans la réalisation d’objectifs de connectivité à moyen et long terme. Selon une étude du cabinet Mazar en 2019, l’association des pouvoirs publics à la mise en place de ces programmes permet de les intégrer aux plans d’aménagement des territoires et facilite la mise en place des règles de mutualisation de ces infrastructures entre les différents opérateurs commerciaux, offrant ainsi un cadre concurrentiel sain qui permet des services abordables et de qualité pour les utilisateurs finaux.

S’y rajoute l’impératif de concevoir un déploiement territorial efficace et tourné vers le futur, et dont les bases ont été installé par le législateur à travers la loi 121-12 relative à la poste et aux télécommunications, fournissant ainsi des outils indispensables pour développer la connectivité.

Prenant conscience du retard accumulé et de la grandeur des enjeux, l’Etat a fait preuve d’une politique volontariste, se traduisant par l’avènement du Plan Maroc numérique 2020 et la création de l’Agence du Développement du Digital (ADD) en 2017.

Dans ce sens l’implication de l’exécutif est nécessaire à plus d’un titre. Le développement d’un « cloud souverain » est de son ressort, et ce pour combler le besoin en Datacenters capables de préserver les données nationales sensibles. Autre point clé, garantir la fluidité des services électroniques des secteurs public et privé, car l’avenir est au e-Gov, à l’e-Commerce, à l’Industrie 4.0, à l’e-Health, à l’e-Learning et autres. Bien évidemment, accompagner le développement numérique exige aussi des compétences locales qu’il faudra former moyennant un investissement massif dans l’éducation.

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