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Santé

Covid-19 : Les explications autour des vaccins acquis par le Maroc avec Pr. Bouchra Meddah, directrice de la DMP

Pour faire face à la situation pandémique actuelle marquée par la difficulté de contenir la propagation du nouveau coronavirus et de freiner son raid meurtrier, les choix sont drastiquement limités. De l'aveu du Pr. Bouchra Meddah, Directrice du Médicament et de la Pharmacie (DMP) au Ministère de la Santé, les seules alternatives restantes sont soit un confinement total, un dernier recours dont aucun pays ne peut supporter le coût économique exorbitant ni les conséquences sociales dévastatrices, soit le recours aux mesures préventives vaccinales, ce qui est justement ce sur quoi parient tous les pays pour vaincre la pandémie Covid-19.

Interrogée par 2M.ma autour de l'état d'avancement de l'approvisionnement du Maroc en doses de vaccin contre le Sars-Cov-2, virus en cause de la Covid-19, Pr. Meddah a d'abord indiqué que "le Maroc, dont la situation épidémiologique s’est fortement atteinte avec des contaminations quotidiennes et une mortalité de plus en plus importantes, mise aussi fortement sur le vaccin".

Pour s'approvisionner en quantités suffisantes de vaccins anti-SARS-CoV2, il a fallu agir très tôt et dès les premiers mois de la pandémie. Grâce aux Hautes Orientations Royales, le Gouvernement Marocain a fait preuve de beaucoup d’anticipation et d'une réactivité extrême.

C'est ainsi que deux contrats avec deux grands laboratoires producteurs de vaccins : le laboratoire chinois Sinopharm et le laboratoire anglo-suédois Astrazeneca.

"Il ne faut pas perdre de vue que la course à l’acquisition de vaccins constitue un enjeu stratégique au niveau mondial, et particulièrement pour les pays développés comme ceux d’Amérique du nord, d’Europe et d’Asie. C’est dans ce contexte que notre pays a pu se hisser dans les starting-blocks depuis des mois", informe la responsable, en expliquant que "ceci va permettre à notre pays d’être prioritaire et de faire partie des premiers pays au monde qui vont démarrer la vaccination de la population à une large échelle".

Et de rajouter que le Ministère de la Santé, avec l’appui d’autres Départements, continue de travailler d’arrachepied pour réussir cette opération. Toutes les ressources humaines et financières seront mobilisées en ayant toujours à l’esprit que l’intérêt du citoyen marocain est au centre de nos préoccupations".

Pourquoi ces deux laboratoires?

"Le choix du Maroc s'est basé sur des critères fondamentaux qui sont l’efficacité et la sécurité des vaccins. En effet, le vaccin se doit d'être efficace, c'est-à-dire de permettre une meilleure immunisation contre le virus SARS-CoV-2 et de ne pas présenter de toxicité ou d’effets indésirables graves. Il faut souligner que jusqu’à maintenant, les études cliniques ont prouvé que les deux vaccins choisis remplissent ces deux conditions primordiales et nous rassurons nos compatriotes que rien n’aurait pu être possible si ces conditions n’étaient pas remplies", rassure Pr. Meddah.

Par ailleurs, force est de constater que ces deux vaccins sont parmi les plus avancés chronologiquement et les plus sûrs en termes de procédés de fabrication. "En effet, nous avons suffisamment de recul et d’expérience pour ce qui est de la technologie utilisée pour leur développement et qui consiste à inoculer des souches de virus tuées et inactivées pour qu’ils ne puissent générer qu’un effet protecteur immunogène et jamais pathogène", étoffe la responsable, qui estime qu'il est fort possible que d’autres types de vaccins puisse s’additionner par la suite aux deux précités.

 

 

Au-delà de ces choix, il faut rappeler que le Maroc participe actuellement à l’étude clinique de phase III du vaccin chinois du laboratoire Sinopharm. Pr. Meddah nous livre plus de précisions autour de ces tests. "C"est une étude multicentrique randomisée en double aveugle est réalisée dans plusieurs pays au monde dont la Chine, les Émirats Arabes Unis, le Bahrein, l’Égypte, la Jordanie, le Pérou et l’Argentine", souligne elle, en rappelant que "les résultats de la phase 1 et 2, publiés dans une revue scientifique indexée, ont démontré que le vaccin est efficace et inoffensif. L’efficacité du vaccin est évaluée selon deux critères, l’ascension des anticorps neutralisants et la comparaison entre le nombre de cas covid-19 dans les groupes placebo et vaccin".

Aujourd’hui, nous sommes au 3ème mois de la phase III de cet essai clinique "qui va durer une année au total, avec la possibilité d’avoir des résultats intermédiaires à la fin de l’année 2020". Les effets secondaires apparus jusqu’alors chez les volontaires marocains sont tous bénins comparables à ceux observés avec la majorité des vaccins, et aucun effet indésirable grave n’a été observé.

Est-dit donc logique de produire le vaccin attendu à échelle industrielle avant que le suivi des volontaires ne soit conclu ?

Pr. Meddah affirme que les phases des essais cliniques pour ce vaccin en particulier sont menées en parallèle à sa production à l’échelle industrielle compte tenu du besoin urgent, indiquant que "toutes les précautions d’usage et analyses de risque ont évidemment été déployés par des experts internationaux supportés par les autorités sanitaires et l’Organisation mondiale de la santé".

Il est à rappeler que ces laboratoires pharmaceutiques fabricants sont spécialisés dans le domaine des vaccins et ayant un grand recul et une expérience dans le développement et la technologie de la fabrication des vaccins conventionnels, comme le vaccin inactivé par exemple, et innovants tel que celui se basant sur la thérapie génique.

"Les laboratoires ont déjà lancé la production à grande échelle depuis quelques mois, et il est vrai que c’est la première fois qu’une production en masse démarre avant la finalisation des essais cliniques. Cette augmentation progressive des capacités de fabrication et une multiplication des sites de production ont eu lieu afin de répondre à la demande pressante et croissante au niveau mondial. Ceci a été réalisé dans un temps record et a nécessité un grand investissement sur le plan industriel pour atteindre les besoins mondiaux en milliards de doses", révèle la responsable.

Selon l’intervention récente du Directeur Général de l’OMS, au départ, les stocks de vaccins seront limités et la priorité sera donc donnée aux soignants, aux personnes âgées et aux autres populations à risque, cela devrait, entrainer une réduction du nombre de décès et permettre aux systèmes de santé de faire face à la situation. L’OMS rappelle cependant qu’il faudra maintenir la vigilance. Le dépistage, l’isolement et les soins resteront nécessaires.

Le Maroc sera donc parmi les premiers pays au monde à assurer la vaccination massive de ses citoyens, conclut Pr. Meddah, ce qui aura un impact très positif sur la limitation de la propagation du SARS-COV-2 et l’assurance de l’immunité collective de la population, et permettra ainsi la relance de l’activité socioéconomique du pays.

 

 

Pr Bouchra Meddah est la Directrice du Médicament et de la Pharmacie au Ministère de la Santé depuis fin 2019. Détentrice d'un doctorat en Pharmacie et spécialiste de la Pharmacie Industrielle, elle a enseigné la Pharmacologie à la faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat. Elle a aussi occupé le poste de chef de division au Laboratoire national de contrôle des médicaments de 2016 à 2019.

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