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Anouar Zyne veut « changer » le monde
Interview

Anouar Zyne veut « changer » le monde

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Peu de temps après son départ de l’Union Constitutionnelle, Anouar Zyne a tenu à concrétiser une idée qui germait dans son esprit depuis bien longtemps. Désireux de faire bousculer les choses, il lance le mouvement #changer, où il invite les citoyens à, justement, changer les choses en jouissant de leurs droits fondamentaux.

Lorsqu’il en parle, Anouar Zyne sait trouver les mots adéquats pour exposer son initiative. Chez ce jeune homme ultra dynamique, les arguments coulent de source, sans aucune once de sur-jeu. Son action, il la répète tel un leitmotiv : les citoyens ont le pouvoir de faire changer les choses pour améliorer leurs quotidiens. Une vision qui repose sur quatre principaux modes d’action: l’accès à la justice, le contact avec les élus, le plaidoyer ainsi que le droit de pétition. Des moyens qui devraient, selon Anouar Zyne, encourager la démocratie participative, et permettre aux citoyens de s’impliquer dans la gestion de la chose publique. Explications.

Vous avez lancé la plateforme Changer.ma en octobre, puis vous avez tenu un premier meeting le 11 janvier dernier. Que représente ce mouvement au juste ?

C’est un mouvement d’action et de résistance citoyenne, qui fait la promotion de la citoyenneté. En tant que citoyen marocain, on a droit à un certain nombre de choses importantes, au quotidien, dont il faut prendre connaissance. Prenons l’exemple suivant. Vous souffrez d’une injustice publique, comme l’immobilisation de votre voiture par les compagnies de parking. C’est une pratique illégale et anticonstitutionnelle, car vous avez le droit de jouir de votre bien. Un citoyen de Rabat a décidé d’y faire face. Après moult procès, il a obtenu gain de cause. Ça a servit de leçon. Et les exemples sont légion : un trou dans la chaussée, l’interdiction de la VoIP… Moi j’invite les citoyens, dans le cadre de ce mouvement, à se saisir de la justice quand il y a une chose qui ne marche pas. Voici un premier moyen d’action.

Quels sont les autres moyens d’action ?

Il existe 4 moyens d’action. Premièrement, saisir la justice. Deuxièmement, le plaidoyer. Je prend pour exemple l’association Insaf, qui a milité contre le travail des « petites bonnes ». Mieux que de faire de l’humanisme au cas par cas, l’association a bataillé pour faire évoluer la loi. Quand tu changes une loi, tu aides tout le monde. Troisièmement, il faut travailler en collaboration avec les élus. La loi organique de juillet 2015 oblige les élus à valider un certain nombre de leurs projets par les citoyens. Il faut donc que les citoyens s’y intéressent. Et quatrièmement, jouir du droit de pétition et des motions. Notre constitution est très avancée. Une loi dit qu’on peut, dans l’absolu en tant que citoyen, concevoir des projets, des arrêtés préfectoraux ou des décisions de ville. Si on arrive à réunir plusieurs signatures, le maire est obligé de respecter cette décision. Et au niveau national, on peut déposer les motions au gouvernement, à partir de 70 000 signatures.

Pensez-vous pouvoir fédérer des gens autour de cette cause?

Vous savez, le 12 mai 2016, alors que j’étais toujours à l’UC, j’avais écrit sur facebook : je veux 100 personnes pour changer le monde. Mais ça m’a traversé l’esprit. Je venais à l’époque de visiter le Mexique et j’allais me rendre en Colombie pour découvrir justement leurs outils de la démocratie participative. A Mexico city, le maire peut-être destitué par la pétition. Pourtant, il a été élu par les urnes. Donc il fait en sorte de servir tout Mexico, soit plusieurs millions d’habitants. Après avoir quitté le parti, j’ai lancé l’appel changer.ma. Et les gens ont commencé à signer. J’ai commencé à faire le tour des écoles, à rencontrer les jeunes et à leur expliquer ma démarche. Puis, j’ai organisé une première rencontre le 11 janvier. J’ai cherché des cas qui partagent les mêmes valeurs, et je les ai trouvés. Ce mouvement est un contrat basé sur la confiance. Il n’y a pas ni charte, ni statuts, ni bureau. Je n’ai pas envie de recréer les mêmes mécanismes qui font en sorte que ça ne marche pas.

Les idées que vous prônez au sein de ce mouvement sont les mêmes que vous proposiez lorsque vous étiez à l’Union Constitutionnelle. Est-ce votre revanche ?

Quand j’étais dans ce parti politique, j’ai toujours pensé qu’on ne pouvait rien faire sans l’implication des citoyens. C’est peut-être ce qui m’avait causé quelques désagréments car j’ai toujours prêché une vrai participation citoyenne alors que tous les partis politiques préfèrent travailler sur le sectarisme pour avoir des sièges. Et c’est le danger de la démocratie car lorsqu’on est élu, il faut défendre les intérêts de tous les citoyens, et non seulement de ceux qui ont voté pour toi. J’ai essayé de changer les choses au sein de la machine partisane, j’ai réussi certaines choses, j’en ai raté d’autres, et c’est sans regret car j’ai appris ce que c’est que la mobilisation. Les techniques des partis politiques peuvent être utilisés de manière juste, pour les bonnes causes. Mais ce n’est pas une chose aisée, j’en conviens. D’où l’intérêt de ce mouvement. Malheureusement, on a tendance à réduire le rôle de citoyenneté au jour de vote.

Vous vous apprêtez à publier un livre sur votre mouvement. De quoi parle-t-il ?

Mon livre, « Changer : debout le Maroc des justes » est préfacé par Salah El Ouadie. Comme il le dit justement, ce livre raconte mon parcours. Il y a un peu d’autobiographie, mais il raconte surtout des idées pour changer les choses et les moyens à même d’y arriver, notamment par la politique et la mobilisation citoyenne. Il raconte aussi des cas où ça a marché, principalement le Mexique et la Colombie, et donne les détails des outils dont nous disposons dans l’arsenal juridique et la constitution du pays pour permettre à celles et ceux qui le veulent de participer à ce changement. C’est une invitation à une révolution douce car je n’ai jamais cru en les révolutions sanguinaires, même si parfois il me semble qu’on fait tout pour y arriver. Mais je ne souhaite pas ça à mon pays. Je préfère une révolution tranquille, douce, une révolution du Roi et du peuple. Une révolution qui va tirer vers le haut le niveau de nos élus, permettre de mieux sélectionner ceux qu’on présente aux élections, et donner la possibilité aux citoyens d’avoir une vigilance publique permanente de ces institutions, afin de leur éviter de sombrer dans l’erreur. 

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